mercredi

Alcooliques et belles dentelles

Ce soir là, la fille n’avait pas de petite culotte. Adrien en aurait donné sa tête à raser, affirmait-il encore haut et fort quand on lui rendait visite à l’Internat. Depuis qu’il était là, il en parlait avec détachement. Comme si c’était une belle aventure, son heure de gloire. Parole d’alcoolique, jurait-il en riant. Et quand il repartait dans le récit de ce moment fatidique, avec ses expressions bien à lui, on s’enfonçait dans le fauteuil, et on se laissait prendre au jeu, heureux de le voir ainsi, souriant, enjolivant à peine ce qui avait marqué à jamais sa terne existence. Et il aimait encore plus qu’on l’interrompe pour lui poser des questions, toujours les mêmes. A soixante ans passés, le petit homme aux cheveux blancs, à la mâchoire carrée et au regard brillant n’était pas sénile, non, mais juste un peu joueur, pour que nous restions plus longtemps, pour être moins seul. Dans son pyjama bleu réglementaire, ou en pantalon noir et chemise grise, selon les jours, il nous recevait comme des invités de marque, comme s’il n’y aurait plus personne après. Cela le changeait de la grisaille de l’hôpital, à peine égayé par la présence de jeunes infirmières, légères et court vêtues, qui se faisaient de plus en plus rares.

L’histoire remontait à plus de dix ans, mais impossible de s’en lasser. D’autant qu’elle n’était jamais finie, à ses dires. A chaque fois, il nous en rajoutait un épisode, nous désignant les preuves, sans les montrer, qu’il gardait dans un carton, au fond de l’unique placard de sa chambre.

- Alors, Adrien, tu n’es toujours pas guéri ? Sacrée maladie, quand même…

- Guéri, moi ? Personne ne sait ce que j’ai, alors ! C’est comme l’alcool, on ne s’en débarrasse pas comme ça, parait-il. Les médecins disent que c’est très rare. Je me demande s’ils cherchent vraiment. En tout cas, ils s’occupent de moi. A commencer par la responsable du service. La grande brune aux cheveux courts…. Tiens, la gamine. Je vais te la raconter mon histoire. Tu verras que cela valait le coup.

Cela aussi faisait partie du jeu. A chacune de nos visites, nous venions avec une nouvelle personne, qui ne connaissait l’histoire que par les articles de journaux. Une jeune fille, de préférence, qui voulait voir le héros, comme les autres pensionnaires le surnommaient avec un peu d’ironie. Tout bien pesé, c’en était un peu un. Il avait eu droit aux honneurs de la presse nationale, et même de la télévision, à sa sortie de prison, sept ans après.

- Ah non, elle ne te ressemblait pas, toi tu es blonde. Mais pour la taille, peut-être. Et la silhouette, aussi… Pour le reste, je ne sais pas, continuait-il avec une petite lueur de malice dans les yeux. Même si c’est un peu pour çà que tu es là, peut-être.

La fille souriait, se décontractait, croisait un peu moins haut les jambes, inconsciemment, et Adrien commençait son histoire. Pas banale, assurément. Nous étions sous le charme.

Ce fameux soir de juillet, la fille à la jupe rose n'avait pas de soutien-gorge. Et sûrement pas de culotte. Pour le soutif, je pouvais le jurer, j’avais vérifié. En reluquant dans le décolleté de son chemisier quand elle s'était penchée pour essuyer la table, avant de me servir mon demi, le cinquième de la journée. Un sacré paysage, vallonné à souhait, comme je les aimais, et les aime encore. En rêve. Deux beaux nichons fermes et ronds, couleur pain d'épice, avec des petits tétons d'un brun adorable. Un vrai régal. Pour la culotte, je n'allais pas tarder à le savoir.

Cela faisait un quart d'heure que je la suivais. Un quart d'heure que j’avais quitté ma brasserie favorite pour partir derrière cette mousmée à peine âgée de vingt printemps qui balançait des fesses avec une élégance incroyable. Impossible de rester plus longtemps, d'ailleurs, car c'était l'heure de la fermeture, et José, le patron, m’avait gentiment, mais fermement, poussé vers la porte. J’étais le dernier client, et il ne voulait pas de problèmes avec les flics, qui n'étaient pas trop ses copains. Après une heure du matin, la tolérance n'existait plus. La nouvelle équipe municipale s’était fait élire sur un programme plutôt sécuritaire, et tenait à ce que ce soit appliqué au quotidien.

En fait, c'était vraiment une aubaine pour moi. Cette beurette était vraiment canon. Grande, mince, élancée, elle avait vraiment fière allure. Difficile de l’ignorer, dans sa tenue d'été, avec son petit tablier de serveuse. La dernière recrue de la maison. Pour une fille comme elle, je serais presque parti reconquérir l'Algérie. Ce n’est pas ma faute, mais j’adorais la chair fraîche, à cette époque, surtout quand elle était exotique. Vivement qu'elle arrive dans un coin tranquille, à l'écart des réverbères, pour pouvoir la coincer contre un mur. De l’avis de toutes, j’étais un expert de la main baladeuse. De la main qui palpe et qui touche, qui soupèse et qui s'insinue, qui s'aventure et qui fait gémir.

Cela faisait un quart d'heure que je matais son arrière-train, et je n'avais toujours pas vu de marque d'élastique. C'était sûr, elle n'en avait pas. Ma journée se terminait bien. Depuis au moins trois mois, je n'en avais pas vu d'aussi belle. A plus de cinquante ans, on se contente de peu. Mais là, c'était vraiment le gros lot.

Dans l'après-midi, j’avais tenté ma chance à la plage du plan d’eau, en bord de Loire, devant la terrasse de la cafétéria, mais sans succès. C'était pourtant là que toutes les minettes venaient se rafraîchir après s'être fait griller sur le sable. En plein été, avec les touristes, comme à la rentrée, avec les étudiantes de la fac, c'était le terrain de chasse idéal des dragueurs du secteur. Il y avait toujours le choix. Quand on avait un peu de temps, en se baladant, on pouvait même faire les repérages. Et cela n’a pas changé, paraît-il. Ce n'est pas le gibier qui manque et on juge directement sur pièce, vu le peu de tissus qu'elles ont sur elles. Du prêt à consommer, pour sûr, et jamais de surprise, quand on sait y faire ! Sauf une fois, je me souviens, un jour où mon cousin Jeannot, venu du fin fond du département, un gars pas très « aouindu », encore pire que moi, avait un peu trop bu de bières. Complètement aveuglé par une paire de roberts gros comme des melons, il avait voulu y aller direct, jouer au mariolle, et il s'était retrouvé rapido à la baille, avec son bermuda et son tee-shirt de chez Mickey. Il n'avait pas vu le mec à côté, un gros balèze qui s'était un peu énervé. Jeannot n'aurait pas dû proposer de lui mettre de la crème à bronzer dans le dos, à la fausse blonde. Ce n'était pas malin. Surtout qu'il avait oublié son tube. Moi, j’avais laissé couler. Elle était trop vulgaire.

Par contre, cette beurette là, c'était autre chose. Un calibre vraiment au dessus. Avec ses grands cheveux noirs ondulés, son déhanchement étudié, on aurait dit un Top Model. Pas le genre barrique d'huile d'olive, bien au contraire. Un vrai clone de Claudia Schiffer version couscous qui donnait envie de lui offrir la merguez sans discuter. Rien que d'y penser, j’en étais tout chose. Si la ballade durait trop longtemps, j’allais avoir du mal à marcher. Mais je connaissais le quartier. La fille allait au foyer, près de la bibliothèque municipale. C’est là qu’elle créchait, pour l’instant, en attendant mieux. J’avais entendu José lui demander, pour la joindre en cas de besoin.

Et là, bingo ! La fille venait de se tromper. Elle avait loupé la rue à droite, et s'engageait dans les petites rues, mal éclairées. Pas trouillarde. C’était ma chance, pas de doute. Vas-y coco, c'est bonnard. En un rien de temps, j’étais sur elle, j’la bousculais, l'obligeais à lâcher son sac, et la coinçais contre un mur de vielles pierres, pas encore restauré. Ventre contre ventre, presto, je lui plaquais une main sur la bouche, et engageais l'autre dans le chemisier, faisant sauter les boutons. La peau de ses seins était douce, et ses tétons commençaient à durcir.

- T’aimes çà, Aïcha, hein ! T'as pas encore tout vu, que j’lui disais à l’oreille.

Mes doigts couraient sur sa peau, repoussaient le tissu, soulevaient la jupe, et glissèrent entre les cuisses. Merde ! Gourance ! Elle avait une culotte. Une toute petite, toute fine, qui ne cachait pas grand chose. Et c’est là qu’j’aurais du me méfier. Mais j’étais trop excité.

La fille m’a regardé de ses grands yeux noirs, pas effrayée, presque souriante, vite remise de sa surprise.

- Arrêtes, pas comme çà, qu’elle m’a soufflé vivement, d’une voix rauque.

Puis, d'un geste brusque, elle a dégagé son bras droit, lancée sa main vers mon froc, et descendu d'un coup sec la fermeture éclair de ma braguette. Elle était directe, la gamine. J’avais eu du flair. Elle en voulait !

C'est ce que j’ai cru encore quand elle a fouillé dans mon slip, prit mon engin à pleine main, et s’est laissé aller contre moi. Mais pas longtemps. A peine dix secondes, juste avant que je me mette à gueuler. La garce ! Elle venait de me tordre le machin. Et de me filer en même temps un sacré coup de boule.

Cloué. J’ai lâché prise sans discuter, me suis emmêlé les pieds, et valdingué en arrière, la tête la première sur le goudron. Sacré choc. C'est à peine si j’ai entendu la fille s’échapper en criant, avant de sombrer dans le noir.

A ce moment là, Adrien faisait une pose, et nous regardait. Il était prêt à répondre à nos questions, si nous en avions. Et cela ne manquait pas. Les « gamines » en avaient toujours au moins une, qu’elles posaient avec une mine effarouchée, ou une moue de colère, selon les cas.

- Vous n’aviez pas honte de vous attaquer aux jeunes ? Et votre femme, alors ? Pour un viol, vous auriez du avoir plus.

Adrien en profitait alors pour rappeler qu’à ce moment là, il était célibataire, et que ses conquêtes féminines étaient surtout ses voisines de palier, ou des autres bâtiments de sa cité. L’ancien militaire qu’il était, radié des cadres pour alcoolisme, avait pris goût aux femmes exotiques pendant son service, et ne manquait pas de possibilités dans sa zone. Et c’était surtout des femmes de son âge, le plus souvent des divorcées. Alors là, quand il avait vu la jeunette, qui n’était pas d’ici, il avait craqué. Surtout qu’avec les quatre bières qui avaient précédé les cinq autres de la brasserie, il n’était pas trop raisonnable. Mais ce qui était certain, c’est qu’il n’avait jamais voulu la violer. Juste vérifier si elle avait une petite culotte.

Quand il n’y avait pas d’autres questions, Adrien reprenait son récit. Pour un épisode où il n’avait pas vraiment le beau rôle.

Quand j’me suis réveillé, je n'étais pas frais, pas fier, et pas tout seul. Il y avait au moins une dizaine de gus autour de moi, et surtout des flics, avec un regard pas aimable. Avec le regard de gars qui allaient m'emmener sans tarder au poste, et sans explication. C'était sûrement pour cela qu'ils m’avaient mis les menottes. Bande de crétins ! Comme je l’ai dis, j'avais rien fait. Elle était consentante ! Même que j’avais encore la fleur au vent, et que ce n'était pas moi qui l'avais demandé. Moi, j’voulais juste toucher. C'était tout ce que je pouvais leur dire, d'ailleurs. Après, je ne me souvenais plus de rien. Sinon que j’avais encore mal, et une sacrée envie de pisser.Le groupe bougea brusquement, comme secoué par un vent mauvais, et les uniformes laissèrent entrer dans le cercle un flic en civil. Non. Une fliquette en civil. D'où j’étais, allongé sur le sol, je voyais surtout ses bas noirs et sa jupe grise. A ras des genoux. Impossible de voir si elle portait une culotte !

- Debout ! On a des choses à se dire. Et rangez çà, on a vu mieux.

Pas moyen de résister. Le ton était froid, sec, autoritaire. Presque autant que celui de ma troisième femme, que j’avais larguée l'année d’avant, au bout de cinq ans de mariage. Mais elle, elle n’était pas si jeune. Ce n’était qu’une vieille peau de quarante-cinq ans dont j’étais content d'être débarrassé. Celle-là, elle avait à peine trente ans. Elle aurait pu être ma fille. Elle n'avait pas le droit de me parler comme çà. Merde ! Un peu de respect, quand même.

C'est quand ils m’ont relevé que j’ai compris que j’étais vraiment dans un sacré bordel. Derrière moi, il y avait un autre groupe de flics, moins nombreux. Dont un qui était à genoux à côté d'un corps. Celui de la fille. Dans ses vêtements déchirés, la jupe relevée en haut de ses jambes interminables, elle était toujours aussi belle, mais elle ne bougeait plus. Morte ? Assommée ?

- Hé ! Ce n'est pas moi qu'a fait çà. J'ai même rien fait d'ailleurs !

Pour qui me prenaient-ils ? Trop tard. La porte du fourgon s’est refermée derrière moi. J’étais entouré de flics pas jobards, et je venais de mettre les pieds dans une drôle d'histoire. Fin du premier épisode.

Souvent, pas de questions. Juste un soupir de satisfaction pour les gamines, qui s’étaient imaginées à la place de la beurette, et qui se trémoussaient sur la chaise, parfois avec le rouge aux joues. Adrien reprenait son souffle et continuait. Nous, ce qui nous intéressait, c’était la fin de l’histoire. Le nouvel épisode qu’il allait rajouter à celle que l’on connaissait déjà.

Cela fait plus de dix ans de çà. J’ai été libéré voilà trois ans. Pas très discrètement, comme vous le savez. Et presque avec les honneurs. Grâce à mon avocat, un ami, avec qui nous avions quelques passions communes. Car il y a eu un rebondissement, deux ans après mon arrestation, et une révision de mon procès, qui a écourtée ma peine.

En enquêtant sur une autre affaire, le tabassage d’un ouvrier arabe qui rentrait chez lui un soir, sur les quais de Loire, les flics ont réussi à interpeller les auteurs, trois crétins aux crânes rasés qui voulaient purifier la France, en emmerdant un pauvre père de famille, et qui s’en vantaient dans les bars. Ils étaient presque fiers d’avouer, en rigolant, pendant leur garde à vue, que c’étaient eux qui avaient chopée la beurette, juste après moi. Contre trois, elle avait rien pu faire. Ils l’ont massacrée, mais n’ont pas eu le temps de la violer, ni de l’achever. Ses premiers cris, et les miens, avaient alertés les voisins, qui avaient appelé les secours. Qui étaient arrivés presque aussitôt. Heureusement pour elle.

C’est con, mais l’enquête a prouvé que je lui ai presque sauvée la vie, à la mousmée. Même si le juge m’a foutu en tôle pour agression sexuelle. Les mecs qui lui ont fait çà la suivaient aussi depuis le bistrot. Mais eux, ils se foutaient pas mal de savoir si elle avait une petite culotte, ou un soutif. Ils voulaient juste l’envoyer à l’hosto, ou à la morgue, on ne sait toujours pas. Ils étaient en mission commandée.

C’est comme çà que j’ai su qu’elle s’appelait Anissa, et pas Aïcha, et qu’elle avait été sélectionnée deux mois avant pour l’élection de Miss Machinchouette, j’sais plus trop quoi. Les crétins ne voulaient pas d’une bougnoule dans un truc classe comme ça, qu’ils ont bavé au flics. Surtout qu’une copine à eux était aussi candidate, et qu’elle avait toute ses chances, qu’ils disaient. Même d’être Miss France, paraît-il. Et une Miss France d’origine arabe, « issue de l’immigration », comme disaient les médias, cela leur faisait mal au cœur. Ce n’était vraiment pas des vedettes, ou alors puantes. Moi qui ai fait l’étranger, je ne mange pas de ce pain là.

Quant à Anissa, je lui tire mon chapeau. Elle avait vraiment un caractère de battante, et ne l’a pas perdu. Huit jours après sa sortie de l’hôpital, qui ne lui avait rien trouvé de grave, elle était retournée travailler à la brasserie, tout en préparant l’élection, qu’elle a gagnée l’année suivante. Mon avocat m’a apporté la coupure de journal. Je l’ai affiché dans ma cellule. Et maintenant, elle est là sur le mur de ma chambre. Vous pouvez voir comme elle était belle, et comme elle l’est restée, sur ses autres photos, que je découpe dans les magazines.

Elle a fait du chemin, la mousmée. Toujours aussi canon. Elle est devenue Top Model. Elle a même fait le dernier calendrier de la lingerie Révérence. C’est pour dire. Jeannot m’a promis qu’il m’en apporterait un. Anissa est une des rares beurettes à avoir réussi dans ce métier là, m’a dit Joséphine. Joséphine, c’est l’infirmière qui s’occupe de moi, depuis que je suis là. Je ne serais resté que peu de temps en liberté, avant d’être de nouveau interné. J’ai une maladie rare qui s’est révélée, en prison, dont je ne connais pas le nom. Et les médecins non plus. Mais je ne me plains pas. Je suis bien soigné.

Mais çà, vous le savez déjà. C’est pour cela que vous êtes là…

Pour le savoir, nous le savions. A sa sortie de prison, repentit, Adrien s’est inscrit aux Alcooliques anonymes, et c’est là que nous l’avons rencontré. Nous en étions les principales animatrices, ma sœur et moi. Il avait vraiment changé, et nous a vite rejointes dans l’équipe d’animation, jusqu’à ce que sa maladie se révèle, le contraignant à son hospitalisation. Il devait être sous médicaments et surveillance constante, car manifestant parfois des comportements étranges, imprévisibles, principalement remarquables par un grand tremblement des mains, et un regard halluciné, presque hypnotique, quand il s’échauffait, que ses souvenirs prenaient le dessus.

Mais nous ne voulions pas l’abandonner, et allions le voir presque chaque trimestre. Les « gamines » qui nous accompagnaient étaient souvent des amies de notre fille, qui travaille dans la mode, à Paris, ou des étudiantes. Il y a même eu une journaliste, une fois. Une stagiaire du quotidien local. Mais l’article n’est jamais paru, et on ne l’a jamais revue. Elles avaient toutes entendu parler d’Adrien, voire toutes rêvé d’être un jour Miss France, et considéraient ces visites comme un privilège, l’occasion de rencontrer un être rare et charmant. Ce qu’il était vraiment, à entendre toutes celles qui étaient déjà venues.

Hier, quand nous sommes revenues, Adrien n’était plus là pour nous raconter son histoire. Il avait été victime d’une de ses crises, et s’était jeté par la fenêtre de la salle des infirmières, du second étage. Mais çà, ce n’était pas dans le rapport officiel, car il n’avait pas le droit d’y être. Les médecins ne savent toujours pas ce qu’il avait. Maladie psychosomatique, trouble de la personnalité, pensaient-ils, pas trop convaincus, semblant presque s’en moquer. C’est nous qui l’avons accompagné à sa dernière demeure, comme on dit pudiquement. Il avait tout vendu pour payer son internement et son héritage tenait en peu de chose, juste les photos accrochées au mur et ce qu’il y avait dans son placard. Nous avons mis les photos dans une enveloppe, et les avons adressées à l’agent d’Anissa, après avoir trouvé l’adresse dans un article de journal.

Mais nous ne savons toujours pas quoi faire du carton conservé en bas du placard d’Adrien, où il rangeait précieusement les « preuves » de son histoire à rallonge. Nous avons bien quelques idées sur l’identité de leurs propriétaires, sans trop comprendre comment elles ont pu arriver là, mais, honnêtement, que peut-on bien faire de tant de petites culottes ?

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